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Tech N9ne – All 6′s & 7′s (Album) (Chronique)

A l’approche de la sortie de Something Else,  EDGM vous propose une chronique du dernier album d’un des maîtres du rap, roi absolu de l’underground , avec 2-3 mots sur le personnage si vous ne savez toujours pas qui il est. Mais normalement, quand tu penses à Tech N9ne, tu penses à « surpuissante machine de guerre psychopathe à putain de fast flow semi-automatique » ou un truc du genre.

      Aaron Yates est un personnage fascinant. Mais pour s’intéresser à lui et à sa musique, il faut apprivoiser l’aura ténébreuse, démente, spirituelle, envoûtante et complexe qu’il dégagent. La question du bien et du mal est obsessionnelle chez lui. Très croyant, son esprit ambivalent oscille entre l’enfer et le paradis. C’est un aspect récurrent aussi bien dans ces paroles, ces shows ou ses pochettes d’albums. Ceux qui ne peuvent accrocher au personnage se contentent de reconnaître son génie, qui siège dans sa discographie débutant il y a quasiment quinze ans. Quinze ans que le phénomène Tech N9ne monte en puissance, agrandissant le nombre de « technicians » à travers le monde, mais restant plafonné dans l’underground, à cheval sur ces principes « anti-majors » pour pas dire libéraux ( il crée le le Fuck The Industry movement en 2002 pour réduire l’écart entre les majors et l’indé) suivant lesquels il est maintenant à la tête un véritable empire colossal et incontournable du Hip-hop d’aujourd’hui, mais encore inconnu de beaucoup, Strange Music.

Avec une extrême régularité et sortant des albums toujours de qualité, le King of darkness voit ses chiffres de vente augmenter à chaque nouvelle sortie d’album, et sa popularité grimper (trop) lentement mais indéniablement et émerge plus ou moins de l’underground après Everrready, avec le fantastique K.O.D et enfin l’album de la consécration, All 6’s & 7’s.

Mais c’est vrai que la première chose que l’on remarque, c’est le casting de ouf. On retrouve Lil Wayne, T-PainSnoop Dogg, Busta RhymesB.o.B., Twista, Yelawolf, E-40, Hopsin ou encore Kendrick Lamar. Non pas que Tech N9ne ait lâché ses convictions pour vendre la blinde, loin de là, il a su se faire connaître en restant le même. Régularité, qualité et conviction, on vous dit. « Tech ne deviendra jamais mainstream, c’est le mainstream qui deviendra Tech. » Voilà ce qu’il nous dit dans Love Me Tomorrow (ou il dénonce également la mentalité de merde qui consisterait à le lâcher s’il devenait plus connu), et l’album le confirme.

S’il a pu regrouper tout ce beau monde grâce aux connections faites lors de ses tournées, Tech N9ne a pu aussi profiter de la déclaration de Lil Wayne , qui ne « voulait bosser qu’avec lui » (Et il a bien fait, vu ce qu’il lui a balancé sur C4, l’enfoiré ! Il a le meilleur couplet). On a donc droit au super Fuck Food avec un T-Pain à la hauteur. Comme autre gros noms on retrouve les deux californiens E-40 et D.O.Double G sur le libidineux Pornographic, où Tech toujours du côté obscur leur met la misère, faut le dire.

Si All 6’s & 7’s connaît un bien meilleur succès que les albums précédents, il reste pourtant bel et bien dans leur continuité: toujours cette ambiance baroque et lugubre propre à Tech N9ne, ainsi que ses goûts pour les beats modernes et costauds, assurés comme d’habitude par Seven, et son penchant pour le Rock/Métal, d’où les Deftones sur If I Could, et les guitares mordantes sur So Lonely et Worldwide Choppers. On retrouve aussi les éternels hooks de Krizz Kaliko, l’autre habituel beatmaker Whyshmater sur So Lonely, et l’incroyable puissance que Tech apporte à ses beats, pourtant déjà bien costauds et aux sonorités pulsantes électroniques. Et c’est bien évidemment Worldwide Choppers qui achève de te faire comprendre que c’est un fou furieux, rouleau compresseur du Hip-Hop. Tech invite les gâchettes les plus rapides du game sur la suite de Midwest Choppers, et tu t’en souviendras toute ta vie.

Parmi les 24 pistes (dont 5 interludes, ouais ça fait long, mais Tech tient la distance), l’indestructible rappeur-archange-démoniaque aborde ses sujets habituels, comme son éventuelle psychose sur les singles Am I a Psycho ?, avec un très bon couplet d’Hopsin et B.o.B qu’on retrouve aussi à la prod., et He’s a Mental Giant, un hymne à son empire et ses disciples, le délirant Technicians, en relation avec l’énorme Cult Leader. Tech N9ne parle aussi de son succès sur So Lonely, son amour pour la musique avec K-Dot sur I Love Music, de son image dans Delusional, s’interroge sur son parcours dans Strangeland (L’une des deux prods. géniales des J.U.S.T.I.C.E league avec The Boogieman ft. Stokley Williams) et en lâche une pour sa mère, le superbe Mama Nem.

C’est donc avec le très grand All 6’s & 7’s que Tech N9ne a conforté sa suprématie dans l’underground, et dévoilé son génie à un public plus large, tout en restant le même roc implacable, MC aux multiples aspects ectoplasme, psychopathe, machiavélique, toussa-toussa, au flow surpuissant et inarrêtable . Something Else sera le même genre de chef d’oeuvre. On vous a prévenus, Strange Music surplombe déjà le game, vous le savez juste pas encore.

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