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Tech N9ne – Something Else (Chronique + Album Streaming)

Nouvel album de Tech N9ne. Alors que cela fait quinze ans qu’il gravit les échelons du succès en indépendant, il avait déjà attiré l’intention en jetant le pavé All 6’s & 7’s dans la mare, et recommence avec Something  Else.

Une nouvelle fois, on retrouve une longue liste d’invités, dont T-Pain, The Game, Kendrick Lamar, Wiz Khalifa, B.o.B, Trae Tha Truth.., dispersés en 26 tracks. Toujours la même formule donc, l’omniprésence d’un excellent Seven très varié pour assurer 90% des productions, en plus de l’ambiance très dark et l’ambivalence du rappeur toujours illustrée sur la pochette (c’est toujours un archange psychopathe inspiré par les profondeurs de l’enfer).  Mais pour asseoir sa domination sur le hip-hop underground ET populaire, Tech N9ne nous propose quelque chose d’autre. Il a laissé aller ses penchants pour le métal, avec les nombreuses guitares électriques et la présence annoncée de The Doors et celles d’autres stars du genre.

Il nous propose par ailleurs une structure digne d’un recueil d’Apollinaire (ou tout autre littéro-fiotto-camé t’ayant bien cassé les couilles si t’as été bachelier) pour offrir une nouvelle approche du personnage, tout aussi spirituelle mais plus personnelle et introspective. On va donc vous décortiquer tout ça, section par section, et même track par track. Pour tout Œuvre d’art, son analyse en conséquence.

I – LE FEU

La section du FEU – qui représente la rage, la violence, la fureur– est la plus importante de l’album (9 tracks). Elle est introduite par les news du journaliste ricain Mark Alford qui nous apprend qu’une sorte de comète s’est crashée vers Kansas City et qu’il s’en libère un inquiétant nuage pourpre qui taille vers KC.  On savait la facette démoniaque et révoltée dominatrice chez Tech N9ne. C’est là qu’il déversera sa colère contre tout ce qui attire ces foudres, avec son fast flow énervé et énergique.

C’est d’ailleurs comme ça que démarre l’album, avec Straight Out The Gate, qui commence par un chœur d’enfants possédés, récitant leurs psaumes accompagnés d’un orgue, avant de laisser place à un Tech fou-furieux accompagné de Serj Tankian, le chanteur de System Of A Down au refrain. Il a libéré la bête qui est en lui, c’est le réveil du monstre. Il est le plus dangereux sur terre et les pussy niggas qui lui ont manqué de respect ont intérêt à planquer leurs miches. Les survivants pourront faire partie du territoire de Something Else.

« All you fraudulents feeling I’m falling offending the father » Magnifique allitération, n’est-il pas ?

Ensuite,  le déjà connu  B.I.T.C.H, avec un bon hook toujours plein de menaces de T-Pain qui fait des efforts, où Tech évoque un de ses éternels problèmes, il a du mal à conquérir des fans noirs.

Même topo pour With The BS avec Trae et Big Scoob, qui clôt le délire « don’t fuck with me I’m a motherfuckin’ monster ». Salutation à la très bonne instru de Seven aux éléments plutôt métal baroque.

Puis viennent les quatre extraits les plus personnels de l’album, dont les deux premières tracks en solo.
Love 2 Dislike Me (feat. Liz Suwandi) parle d’une relation amoureuse nocive pour Tech qui n’arrive pourtant pas à y mettre fin. Encore une chanson plutôt rock.
Fortune Force Field traite d’une histoire de biz, un litige opposant le rappeur à une entreprise qui l’empêche de créer sa marque de drank Caribou Lou. Mais on connaît ses principes suivant lesquels il parvient toujours à ses feins.
I’m Not A Saint est une chanson très sombre et profonde où Tech N9ne se confesse beaucoup. Il avoue dans un couplet qu’il regrette un bon nombre d’obscénités commises, comme le fait  de s’être tapé la femme d’un de ses meilleurs potes, et de ne pas s’être excusé lorsque celui-ci l’a su, car il est mort avant (nice !), dans un autre qu’il est un démon incontrôlable capable des pires choses inimaginables.
Enfin, le très profond Fragile dans sa transmission de message. Le premier couplet est chanté par les deux rappeurs de MAYDAY, Wrekonize et Bernz . Tout comme Tech et K-Dot, ils n’en peuvent plus des critiques sur leur musique,  d’être sans cesse jugés, d’entendre le pire sur chacun de leurs projets.

La partie FEU se termine avec Priorities, une histoire de drug dealers qui finit mal, racontée par Tech, Game et Angel Davenport à la voix insupportable, sur une légère instru plutôt chelou. La transition entre le son qui se termine par un crash de voiture et la deuxième intervention de Marl Alford est parfaite. Le skit lui-même, qui nous conte des actes criminels et violents dans KC où le nuage plane toujours, et où l’on retrouve E.B.A.H marqué un peu partout en lettres de feu, marque le passage à la section EAU.

II – L’EAU

La section EAU, qui symbolise le délire et la concupiscence est la plus courte de l’album, avec seulement trois chansons.  Dedans, Tech N9ne se relâche, aborde des sujets beaucoup plus simplistes. Drogues, cul et succès, t’as bien pigé. Même les productions sont plus légères, on se décontracte en milieu d’album.

La prod’ sur Dwamn est totalement cramée et nous fait difficilement rentrer dans le délire, le titre qualifiant les perf’ de Tech au mic, et aussi une bombe qu’il a envie de se faire.

Ensuite, les deux singles de l’album. Les mecs de So Dope vantent leurs exploits sexuels et la go (Snow Tha Product) essaye de les refroidir en disant qu’elle n’est pas une salope. Mais Tech les pécho toutes grâce à son flow.

Puis le sympathique See Me termine la partie EAU. On note la prod’ de Drumma Boy. Tech N9ne aborde sans grande forme ses problèmes avec l’industrie, le hook de B.o.B est en accord et accrocheur, mais le couplet de Wiz est médiocre. On sait qu’il est là pour faire le b..- pour faire gratter des vues (je hais l’expression). C’est bien de poser partout man, mais essaye de pas sortir que de la merde. Surtout sur l’album de Tech N9ne. Même si tu t’en bats la race vu le chèque qu’il t’a filé. Le perceptible  «no more silence in the church » en tout de fin de track permet de faire la transaction avec la partie TERRE.

III – LA TERRE

Retour aux choses sérieuses. La section TERRE, associée à la sagesse, est composée de quatre chansons et trois interludes. Elle est très intéressante lyricalement, peut être même plus que la section FEU. Les paroles sont touchantes, les messages plus profonds encore, l’atmosphère prenante, l’ensemble perturbant.

My Haiku – Burn The World nous fait comprendre le pourquoi de la phrase murmurée à la fin de See Me. Tech N9ne et Krizz Kaliko  nous parle d’une fillette violée, de fusillades dans les écoles, de kidnapping,  et veulent éclairer ce monde de fous pour sortir ces horreurs de l’ombre. Et quitte à prôner la paix, autant citer Marley en outro.

Dans That’s My Kid (qui devait au départ regrouper Drizzy et Hova), avec un refrain de CeeLo Green qui voit naitre une seconde carrière, Tech, Big KRIT et Kutt Calhoun tiennent un discours touchant à leurs gosses potentiels. Des paroles pleines de sincérité sur une imitation de beat à la batterie.

Puis, le magnifique Meant To Heaven, prod par Scoop DeVille qu’on retrouve au hook. Tech N9ne se rappelle des moments très moments très difficiles de sa vie qui expliqueraient le monstre qu’il est aujourd’hui, les crises d’épilepsie de sa mère suite à l’abandon de son père, le pistolet d’un inconnu braqué sur sa tempe alors qu’il cherchait le tech 9 que ça tante lui avait filé, à neuf ans… Puis il s’adresse à partie démoniaque qu’il accepte peu à peu, se disant qu’elle fait partie de sa réussite.

“Dear Darkness, you’ve been with me for so long

I never understood, ’til now in this slow song

Been in some shaky situations, but life goes on

But still, a lot of things you showed this kid was so wrong”

Suite à cette paix trouvée avec lui-même, Mark Alford nous balance son dernier scoop et nous apprend que le calme est revenu à Kansas City. Les résultats aux examens scolaires sont meilleurs, le taux de vandalisme a baissé, et le nuage s’en est allé, le journaliste espère qu’il apportera la joie là où il passera.

Tech N9ne enchaîne avec Believe, continuant de prôner les belles valeurs de ce monde, solidarité, tolérance, respect, croire en soi et en ses rêves, et blâme le racisme et l’argent. Encore une belle chanson avec Kourtney Levingston, qui devra pas oublier de rendre ses cordes vocales à Beyoncé.

R.I.P Jay rend hommage au membre des Doors mort pas très longtemps après l’enregistrement de Strange 2013. Le remix plaira pas forcément aux fans du groupe, mais Tech s’est fait plais’ en samplant ses idols, pour exprimer sa fierté pour ce qu’est maintenant Strange Music.

Tellement fier qu’il utilise carrément une piste pour le spécifique « STRAAANGE ! Music. (Bitch) ».

IV – Bonus Tracks

L’album se termine ainsi si t’as pas la All-Access-Edition, auquel cas tu la télécharges tout de suite, tant pis si tu raques deux fois, tu finances les nouveaux studios Strangeland.

A l’exception du beau mais sombre Drowning  qui avait pour le coup parfaitement sa place en fin de section EAU, les tracks bonus font de nouveau appel à la détente et aux plaisirs de la vie.

      Colorado regroupe les acolytes de SM et un nouveau refrain de B.o.B  pour célébrer les effets de la bonne beuh, alors que le délirant Thizzles avec Danny Brown vante ceux de l’ecsta.

      Tech N9ne parle de cul dans Somebody Else, il s’excuse de pas pouvoir bien baiser toutes les meufs qu’il se tape, il est trop occupé, il pense parfois même à une autre pendant qu’il en travaille une.

Enfin, Something Else s’achève avec Feels Like Heaven, l’instru est planante, Tech a fait des conneries mais il est heureux, tout baigne. Fuck les péchés, il est quand même au paradis.

Le King of darkness nous lâche encore une fois un album de très bonne qualité, bien structuré même s’il peut paraitre long. Même avec l’expérimentation de sonorités rock on retrouve le même Tech N9ne, avec son insanité mentale, sa perversion, ses rapports complexes avec la religion, et son bon sens, passant du moral à l’immoral, alternant remords et sérénité. Il nous délivre toujours une démonstration de rap, spittant des phases pleines de sens et de figures de style avec son flow phénoménal qui rend le verse complètement ouf peu importe le beat. L’un des meilleurs albums de l’année, qui nous confirme que lui et sa clique sont au sommet.

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