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Eminem – The Marshall Mathers LP 2 (Chronique Track by Track)

Le nouvel album d’Eminem. Nous, on l’attendait encore plus que Noël, nos dealers ou le RER C donc on a pris notre temps pour écrire dessus. Et puis on a des vies aussi.

Eminem est le seul rappeur qui fait l’unanimité. Que ce soient les rappeurs ou le public, tout le monde est d’accord pour dire que c’est le meilleur de tous les temps. Même Kanye West n’oserait jamais le test. Ca fait plus de 10 ans qu’on saigne ses albums, alors quand il en annonce un nouveau, on est comme des groupies de 15 piges.
On apprend que l’album sera intitulé The Marshall Mathers LP 2, il n’en fallait pas plus pour nous rendre ouf.
Inutile de vous parler du premier volume, sorti 13 ans plus tôt, écoulé à plus de 20 millions d’exemplaires et considéré comme un des meilleurs albums de tous les temps, tous genres musicaux confondus. Pour avoir les couilles de faire une suite à ce monument historique, il faut vraiment avoir tout niqué dans le studio ! Alors vraie suite ou coup marketing ?
En tous cas on voit mal Eminem prendre ça à la légère, donc y’a de grandes chances pour qu’on se prenne des claques ! Et même si ses deux derniers albums (au succès commercial incontesté) nous avaient déçus, on a toujours l’espoir qu’il revienne à son meilleur niveau, et mette la fessé à la concurrence.

On va donc disséquer ce nouvel album, track par track, afin de ne rien laisser au hasard. Et comme on est des fanatiques, on sera intraitables. Que ce soit au niveau des prods, des lyrics, de l’interprétation ou des feats, on veut le meilleur de l’impossible.

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       1. Bad Guy

Premier morceau de l’album, moment crucial. Ce n’est pas une intro du style Public Service Announcement comme il nous avait habitué, mais un morceau de plus de 7 minutes. Bonne surprise : Eminem y fait ce qu’il fait de mieux : du story telling. Et pas n’importe quelle histoire : celle du petit frère de Stan, le fanatique obsessionnel du premier Marshall Mathers LP, qui se tua avec sa copine enceinte car il ne pouvait pas vivre avec son idole. Le petit frère, Matthew,  a bien grandi et veut à présent venger la mort de Stan,(pas de spoilers, on vous laisse découvrir la fin de l’histoire par vous-même). Eminem revient avec un flow parfait, qui change plusieurs fois d’intonation. On regrette que l’instru ne soit pas au niveau des lyrics et qu’elle ne colle pas trop au délire. Mais surtout (et ce sera récurrent dans l’album) le refrain chanté par une chanteuse RnB. Bien loin de la performance de Dido sur Stan, elle n’est même pas créditée, et complètement à côté du rythme. Heureusement Marshall ne blague pas derrière le micro, et envoie un dernier couplet d’anthologie, avec une instru qui évolue et une voix démoniaque qui le double.

Après ce premier titre on est un peu rassuré : Eminem essaie de poursuivre le même délire que sur Marshall Mathers, mais l’erreur de choix de prod et de refrain gâche son flow pourtant au top.

2. Parking Lot (skit)

Gros sourire dès les premières secondes : on reconnait le passage tiré de Criminal, toujours sur MMLP1. Slim Shady abat une employée de banque pendant un braquage puis se fait poursuivre par les flics. Véritable marque de fabrique des albums d’Eminem, ce style d’interlude débouche forcément sur un titre plein d’humour noir et de lyrics crados !

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3. Rhyme Or Reason

Oui Oui ! Eminem fait très fort et reprend The Zombies : Time of Season ! Au top du flow et des lyrics, on a un mélange de Eminem/Slim Shady/Marshall Mathers, et ça tire sur tout ce qui bouge. Son daron et sa reum en reprennent une couche, entre références à Star Wars, Spiderman, Charles Manson, et le rap est comparé à sa meuf (« Is she taken ? Is she mine ? »). Le refrain ressemble à celui de Kill You (avec les questions-réponses) et Em reprend même brièvement son flow de Criminal. L’humour et l’énergie des débuts sont là et rien ne pourrait nous faire plus kiffer !

4. So Much Better

Grosse instru à la Shady/Aftermath, on reconnait quand il est derrière les manettes ! Eminem est vénère à cause d’une biatch qui se tape tout le rap game (Dr Dre, Drake, Lupe Fiasco sont cités) alors qu’il pensait avoir l’exclusivité. « Cause a woman broke my he-art/I say he-art cause you ripped it in two pa-arts ». On est habitué à ce qu’il fasse le canard, il nous avait déjà fait le coup du mec cocu-triste sur Kim et Superman, mais c’est tellement bien fait qu’on ne s’en plaint pas ! Le refrain est génial, Marshall se rend compte que sa vie serait « tellement plus facile si cette pute tombait raide morte », et chante son raisonnement avec tellement de conviction qu’on est d’accord avec lui ! La petite conclusion fait plaisir, toujours plus de références à MMLP1.

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  5. Survival

On connaissait déjà ce titre : le premier extrait de l’album, extrait de la B.O. de Call Of Duty Ghosts. Le titre est vénère, en mode musique de guerrier rythmé par les accords de guitare électrique. Eminem envoie un flow dopé aux amphètes, un mélange de The Way I Am et Sing For The Moment. Mais encore une fois : pourquoi une meuf au refrain ??? Sur une musique de guerrier, tu n’envoie pas une petite chanteuse faire le taf, tu sors tout ce que tu as ! Surtout quand le thème c’est  « le plus fort survit » ! Malgré la performance de dingue, on qualifiera ce titre de commercial. Dommage car dans l’esprit, ce titre se voulait un successeur de Lose Yourself ou Till I Collapse. On est passé pas loin.

 6. Legacy

Il se fout de ma gueule ? Le morceau commence par le refrain, encore chanté par une voix de minette ! C’est d’autant plus rageant que derrière Eminem envoie du très lourd avec une instru et un flow qui rappellent Like Toy Soldiers, avec un rythme quasi militaire et une petite mélodie enfantine. Il rappe ici sur l’héritage qu’il va laisser à la Musique (avec un grand M oui, M&M on te dit), dont il n’avait jamais imaginé devenir une icône, et sur le chemin qu’il a parcouru depuis ses jours difficiles à Detroit. Le morceau est génial, on s’habitue presque au chorus de Polina, mais on aurait tellement préféré un vrai refrain !

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7. Asshole (feat Skylar Grey)

Alors quand on voit un feat avec Skylar Grey, on a presque envie de passer au morceau suivant. Mais le titre démarre au quart de tour et Eminem kicke sévère sur une prod de spartiate, et à notre grande surprise, le refrain passe sans indigestion. Em parle ici des raisons pour lesquelles beaucoup de personnes le considèrent comme un enfoiré, à cause de son comportement de gamin et de ses paroles crues envers les femmes, les gays etc. Toujours avec beaucoup d’ironie et d’humour, il se laisse même insulter par Skylar au refrain,(« Everybody knows that you’re just an asshole ») et continue ses provocations en crachant sur Asher Roth et ses vieux ennemis du Insane Clown Posse, en imitant leurs voix. Encore une fois, du grand Eminem.

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 8. Berzerk

Premier single de cet album, Berzerk est un titre vraiment spécial. Produit par Rick Rubin, le mec qui était là à la création du mouvement hip hop new yorkais, a co-fondé Def Jam Records, produit les Beastie Boys, Run DMC, Public Enemy, et même des rockeux à la Red Hot etc… Pas étonnant donc qu’on se retrouve avec une instru old school, des guitares qui nous éclatent le crâne et des scratches des années 90. Et sans parler d’Eminem, qu’on retrouve en blond dans le clip, mais qui hurle dans le micro avec une voix à s’arracher les cheveux. A la première écoute, le morceau est insupportable. Mais encore une fois on se laisse avoir, on le réécoute, et on fait gaffe aux lyrics, qui sont encore une fois bien supérieurs à ceux de la concurrence. Em parle ici des différences entre l’age d’or du mouvement Hip Hop, et la génération actuelle qui ne pense qu’à faire des thunes en balançant les lyrics les plus stupides possibles. Un titre qu’on laissera quand même de côté, à moins d’aimer se faire mal aux oreilles.

  9. Rap God

On a tout entendu et lu sur ce titre, sorti en tant que deuxième single de l’album. Il a fait tellement mal aux fesses du game que la plupart des rappeurs ont revendu leurs blings blings et sont allés pointer au chômage. Au cours des six minutes de flow supersonique, Eminem prouve qu’il est le Dieu du rap, bien au-delà de ceux qui se proclament les rois du game. On fait à peine attention à l’instru, une boucle techno, tellement on est à fond du début à la fin, décoiffés par la vitesse des lyrics. 101 mots en 16 secondes quand même ! Les références et attaques se succèdent à la vitesse de la lumière, et laisse Kendrick Lamar et son couplet sur Control loin, loin derrière. Conclusion magnifique de Dieu qui s’assoit sur son trône : Why be a king when you can be a god ?

Punchline finale, game over, vous êtes tous morts.

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10. Brainless

Titre à la fois introspectif et plein de folie qui rappelle Brain Damage, Eminem nous livre ici son secret : il est complètement fou à cause des violences qu’il a subies à l’école. Depuis, il fait connerie sur connerie, comme défoncer les haies de ses voisins, et finira surement par devenir un tueur en série atteint du syndrome de Tourette. Toujours plein de bons conseils, il affirme qu’il a réussi sa vie non pas grâce à son intelligence, mais grâce aux conneries qui lui passaient par la tête : « Guess it pays to be brainless ». La prod est assez discrète et rythmée, Eminem rappe dessus avec un flow sautillant et chante le refrain. Perso j’aurais préféré une prod un peu plus sombre et un peu plus de Slim Shady dans les lyrics. Mais on reste quand même sur un très bon titre.

11. Stronger Than I Was

Dès les premières notes j’ai senti qu’il y avait une couille. Eminem fredonne et chantonne comme un chanteur de variété seul devant son piano et sa tristesse, comme s’il était au bout du rouleau. Le dernier couplet est du pur rap mais ne rattrape pas tout le morceau. Il faut donc se pencher sur les lyrics pour y trouver un intérêt, et comme souvent avec Eminem, on n’est pas déçu. Ce titre est en fait la suite du fameux Kim sur MMLP1, dans lequel Eminem tue son ex en lui tranchant la gorge (et aurait mérité de gagner un oscar pour son interprétation). Kim prend ici la parole, et donne sa version de leur relation et de leurs problèmes, en expliquant comment les paroles d’Eminem l’ont conduite à la dépression et presqu’au suicide. L’émotion du morceau contraste donc avec Kim, un morceau très violent.

12. The Monster (feat Rihanna)

Deuxième frayeur de l’album, un feat avec Rihanna. On avait déjà vu les dégâts de Love The Way You Lie sur Recovery, alors pourquoi nous en remettre une couche ? Evidemment pour vendre, et c’est bien dommage parce qu’on sait tous qu’il n’a pas besoin de ça. Le pire c’est que la chanson est un tube, Eminem se donne toujours à fond sur les lyrics, et on peut l’écouter et kiffer, mais au final ce n’est pas du tout ce qu’on a envie d’entendre. Encore une fois, Em se plaint des revers de la célébrité, qui le rendent fou et lui font perdre le sommeil alors qu’il voudrait juste se balader ingognito au Franxprix bla bla bla … On écoute ce titre une ou deux fois et on le zappe, de toute façon y’a de grandes chances qu’il nous harcèle à la télé ou en boite.

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13. So Far …

Gros WHAT THE FUCK dès les premières notes ! Eminem chante comme un pecno du Tennesse sur une prod country. Oui oui la country c’est bien la musique de cow boys avec les banjos, les accordéons et tout. Marshall se tape donc un délire perso en reprenant le tube de Joe Walsh : Life’s Been Good, dans lequel ce dernier étalait ironiquement ses richesses et ses conditions de vie de rockstar. Ici, Slim Shady prend le contrôle et part dans du grand n’importe quoi : il se torche avec la serviette qu’un fan lui tend pour un autographe, n’arrive pas à utiliser un iPod et bouffe toujours dans des tuperware. Il fait allusion à son tube The Real Slim Shady, en reprenant brièvement cette instru légendaire quand il se retrouve à Burger King et qu’un employé lui a craché dans sa barquette « Went to Burger King, they spit on my onion ring, I think my karma is catching up with me ». Il clame que la célébrité ne l’a pas changé, même à 40 ans il porte les mêmes fringues et il ne quittera jamais Detroit. Alors ok le morceau est sympa, Shady est toujours au top, mais on voudrait une vraie prod, pas un sketch !

 

14. Love Game (feat Kendrick Lamar)

Le morceau débute dès la fin du précédent, sans temps mort et avec la même tonalité, sur une prod dans le même registre « comique-rap », si bien qu’on a l’impression d’avoir la suite de So Far ! Pour le seul vrai feat de l’album, qui plus est avec Monsieur Kendrick, le seul à n’être pas trop éloigné du niveau de Shady, on s’attendait à du pur rap, du style Eminem-Obie Trice sur Drips en 2002 ! Alors ok les deux MCs envoient du très lourd lyricalement, peu de personnes peuvent rivaliser sur le flow et le débit de lyrics. Mais encore à cause de la prod, on a l’impression qu’ils kickent à la légère, et le refrain ressemble carrément à un générique de série tv ! Dommage car les lyrics sont très réussis et à double sens : on peut croire qu’il s’agit d’un autre morceau règlement de compte avec leur meuf infidèle, mais cette dernière personnifie également le Hip Hop et nos deux compères ne peuvent pas s’en passer, et sont coincés dans ce Love Game. Ca fait quand même plusieurs fois que des titres à fort potentiel sont gâchés par des mauvais choix de prods et de refrains, mais que font les DA ???

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15. Headlights (feat Nate Ruess)

Putain je ne vais jamais arriver au bout de ma chronique si Eminem continue à me mettre des bâtons dans les roues ! Encore une chanson sur sa reum, mais on est loin de Cleanin Out My Closet ! Ici, Nate Ruess, un chanteur pop, se charge du refrain et même d’un couplet, sur une prod qui sample Mother de John Lennon. Ouais on est bien loin des prods des anciens albums… Eminem questionne encore une fois son comportement et ses paroles lors de ses premières années de gloire, et trouve des excuses à sa mère en rejetant la faute sur son père qui les abandonna. Peut être le prochain single, avec un refrain à la James Blunt ça ne devrait pas trop être difficile à vendre …

16. Evil Twin

Il faut arriver au dernier track de l’album (dans la version simple) pour retrouver un vrai Eminem sur une prod sombre et violente. Le duo final, Eminem feat Slim Shady, son jumeau maléfique. Les deux lascars se passent le micro et chacun leur tour démontrent ce qu’ils savent faire. Les conneries et les clashs s’enchaînent, on est dans du pur Shady, et pourtant il trouve le moyen de chanter le refrain ! Chacun répond à l’autre en essayant de prendre le dessus durant 6 minutes mais aucun ne gagnera car ils font tous les deux partie de Marshall. Au moins l’album finit en beauté.

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ET ON ACHETE QUAND ON AIME BANDE DE RADINS :
iTunes : Eminem – The Marshall Mathers LP 2 (Deluxe)

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