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Billet du jour : Rap français, t’es dans la merde vieux frère !

On se met dans l’ambiance et c’est parti !

Alors qu’on a plutôt tendance à entendre le contraire avec les courants actuels, entre les différents crews et les nouveaux MCs sortis de nulle part, pour moi le rap çais-fran est voué à rester ce qu’il est aujourd’hui ; un game à deux vitesses. Les 3-4 « kings » au top et la populace qui ramasse les miettes.

Mais alors pourquoi la France n’y arrive pas ? Pourquoi un pays comme les States, qu’on prend en exemple à chaque interview, et ayant la population la plus individualiste et capitaliste de notre planète, arrive-il à faire cohabiter plusieurs centaines d’artistes, et à les faire VIVRE de leur passion ?

Trois points viennent appuyer cette vision sans espoir aucun de voir évoluer le rap français, comme a pu par exemple évoluer la scène électro depuis maintenant plusieurs années.

Tout d’abord, le développement de la culture hip-hop en France n’a pas évolué depuis plusieurs années. Notre pays, bien que se targuant d’être pionnier dans bon nombre de secteurs, a néanmoins un gouvernement très en retard sur de nombreux aspects. Internet lui a échappé, les guerres des droits d’auteurs se perdent les unes après les autres et Netflix débarquera bientôt sur nos box ADSL. *Papystreaming est toujours gratuit* Il faut donc pour le soldat Marianne sauver les meubles : et ces reliques de l’ancien temps ne sont autres que la télé et la radio. Les deux moyens d’expression et de communication vis-à-vis du grand public sont contrôlés par une France vieillissante mais encore bien enracinée. Cette dernière refuse d’évoluer en même temps que sa population. Les plus grands vendeurs de disques ne sont plus les chanteurs de variétés, ni les jazzmen.

Cela m’amène à réfléchir, -et je m’offusque d’avance d’une telle pensée- les ayants droits, maisons de disques et hauts-placés du réseau culturel français veulent-ils réellement laisser leur chance à cette nouvelle culture qui porte les jeunes (et moins jeunes désormais) de 10 à 40 ans ?
Vendre quelque chose que l’on a vendu pendant des décennies est une formalité, mais vendre un nouveau produit, une nouvelle musique, avec des codes et une culture différente, est bien plus compliquée. Donner sa chance au rap français, conduirait la télévision et la radio à une réorganisation complète de leurs façons de faire. Mettre les rappeurs et la communauté Hip-Hop au même niveau que chaque culture les obligerait à adapter leurs émissions, leurs publicités, leurs animateurs et effectifs.

Et ça coute un bon paquet d’biff tout ça. Biff qu’ils ne sont pas encore prêt à nous lâcher.

*J’en profite pour placer une punchline de Mouloud tirée de l’interview qui m’a donné envie d’écrire sur le sujet. C’est fait par RapElite elle est super intéressante et c’est visionnable sur Youtube.
Il a sorti un truc qu’on n’entend pas assez mais qui résume à peu près le délire ; faut arrêter d’avoir peur du rap et du hip-hop en général parce que c’est violent. C’est un genre musical, avec des mots crus et des phrases choquantes. Les rockeurs ça sniff, les DJ ça molly, Christophe Mae doit passer son temps à fumer des pètes il écrit tout le temps la même chanson bref chacun son bail mais on fait chier personne sauf les rappeurs. *

Cela nous amène directement à notre deuxième point, l’approche business quasi-inexistante en France. Que l’on trouve que ce soit une bonne chose ou non, le fait est que les français réfléchissent d’abord en terme de confiance et d’affinités avant de voir le côté business des choses. Cela n’encourage en rien la mixité et le mélange culturel. On reste dans une émission où l’on invitera Jennifer mais pas Dosseh. Le message pourrait être plus intéressant (c’est un euphémisme), et surtout si le buzz est bien géré, l’impact médiatique amènerait une audience bien supérieure aux prévisions. Il n’y a qu’à voir checker les chiffres de Booba au Grand Journal ou d’Akhenaton à On n’est Pas Couché. Dommage qu’on ne puisse pas avoir JokeNekfeu.
Mais le problème vient bien sûr des deux côtés ; quel rappeur français à déjà eu la démarche de contacter un diffuseur qui sortait de la cible habituelle ? Pas d’avancé ni d’un côté ni de l’autre, bref c’est la hass tonton.

Enfin la dernière raison accablant ce rap français, enterré avant même sa naissance, est la taille de la France: elle ne permet pas une culture assez riche pour rivaliser avec ce que les States proposent.
Internet nous permet d’avoir les dernières sorties à l’instant précis où l’artiste le partage, nous sommes habitués à avoir un choix en terme d’artiste absolument gigantesque. Les Etats-Unis représentent en superficie l’Europe et la moitié de sa population, plus de 310 millions d’habitants soit près de 5 fois celle de la France.
Chaque ville, chaque quartier a son histoire et ses propres ambiances et sonorités, de Chicago à Miami, Houston, Detroit, Atlanta, et on peut même descendre plus bas dans l’échelle avec Compton, Brooklyn, Queens bridge
Tout comme pourrait apporter le rap allemand, anglais, italien, roumains et comme l’apporte le rap espagnol que certains connaissent si bien.

En France nous sommes donc de base limités dans notre création, même si certaines exceptions existent et arrivent à apporter quelque chose de nouveaux qui fait prendre la sauce ; Kaaris, Joke où encore Set&Match par exemple. Chacun a une ambiance qui le distingue de tous les autres. Mais des mecs comme ça, la France n’en fabrique pas à la pelle.
Et la différence de population n’encourage pas uniquement l’arrivée d’artiste, cela augmente aussi considérablement le nombre d’auditeurs. Un mec comme Machine Gun Kelly a pu vivre de ses concerts pendant plusieurs années de façon très confortable (comprendre à l’aise comme un bâtard) avant de signer en maison de disques. Internet permet aussi de toucher plus de personnes pour les anglophones. Encore une fois si on prend MGK comme exemple, il fait en moyenne sur Youtube 4 millions de vues pour chaque clip. Un mec comme Niro ne fait pas les 2 millions, Mac Tyer fait 600k, Joke 1 million.
La conclusion est simple ; C’est pas les même chiffres, c’est pas les même chèques, et sans chèque minimum bah tu ne peux pas vivre.

Comment ça se passera dans quelques années ? Voilà une hypothèse réaliste ; Quand Bouneau partira (entendre mourra), quand Sony et Universal accepteront le changement de monétisation de la musique, et qu’on sortira la guillotine pour les médias vieillissant et les politiciens actuels, alors le rap français pourra se développer. Avec de nouvelles personnes enfin compétentes et des moyens à la hauteur de ses ambitions.
Amen.

Cette vision fatalistique n’engage bien sur que l’auteur, et si t’es chaud pour débattre bah vas-y viens j’t’attends. *Tchiiiiiiiiip

#Salam
#EDGM Mob

2 commentaires

  1. Y a moyen que le rap FR s’améliore. Il faut juste que les amateurs montent au créneau pour améliorer les moyens de diffusion du rap. Il manque tellement d’une chaîne hip-hop, d’une radio, d’un site comme complex…

    • Ouais faudrait démocratiser le truc et faire perdre du pouvoir aux institutions
      Mais au lieu de créer ce genre de trucs les mecs préfèrent se plaindre du système, se clasher comme des collegiens et aller sur Sky pour pomper Bouneau… C’est dommage parce qu’avec internet y’a vraiment moyen de faire des trucs qui touchent plein de monde à moindre couts.

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